Jean Bamanisa plaide pour une révolution urbaine : « Sans une volonté à la Haussmann, Kinshasa restera prisonnière de son désordre »

La question des infrastructures en République démocratique du Congo ne se résume plus à un simple déficit de routes ou d’ouvrages publics. Elle est devenue un enjeu majeur de développement, de sécurité, d’attractivité économique et de qualité de vie. Pour Jean Bamanisa Saidi, président d’ExpobetonRDC, le pays est arrivé à un tournant où les demi-mesures ne suffisent plus. Il appelle à une véritable révolution urbaine, portée par une vision de long terme, des investissements massifs et une gouvernance rigoureuse.

Selon lui, l’état actuel des infrastructures explique en grande partie les difficultés quotidiennes des Congolais. Des routes dégradées, des embouteillages chroniques, des ouvrages insuffisants et un urbanisme désordonné rendent la circulation difficile et alimentent les incivilités. « Les infrastructures en mauvais état ne permettent pas une conduite courtoise », affirme-t-il, soulignant que le comportement des usagers est souvent le reflet de l’environnement dans lequel ils évoluent.

Mais au-delà du constat, Jean Bamanisa pointe un problème plus profond : celui du rapport qualité-prix des investissements publics. À ses yeux, cette pratique, qu’il considère comme un mal enraciné depuis plus d’un demi-siècle, constitue l’une des principales causes de la dégradation rapide des infrastructures.

Pour le président d’ExpobetonRDC, construire au moindre coût sans garantir la qualité des matériaux, des études techniques et de l’exécution revient à gaspiller les ressources publiques. Les routes construites aujourd’hui se détériorent parfois après seulement quelques saisons de pluie, obligeant l’État à recommencer les mêmes travaux quelques années plus tard.

« Nous devons être extrêmement attentifs à la question du rapport qualité-prix si nous voulons doter le Congo d’infrastructures routières durables, capables de résister aux fortes chaleurs, aux pluies abondantes et aux contraintes climatiques propres à notre pays », insiste-t-il.

Cette exigence de qualité apparaît d’autant plus urgente que, selon son analyse, les kilomètres de routes qui se dégradent chaque année sont désormais plus nombreux que ceux qui sont reconstruits ou réhabilités. La croissance démographique, l’extension rapide des villes, l’augmentation du parc automobile ainsi que les constructions anarchiques accentuent une pression que les infrastructures existantes ne peuvent plus absorber.

Face à cette situation, Jean Bamanisa estime que le véritable problème réside dans l’absence d’une planification cohérente à moyen et à long terme. Il plaide pour une action immédiate, structurée autour de plusieurs priorités.

La première consiste à accélérer la réalisation des plans locaux d’aménagement dans un délai compris entre six et trente-six mois. Ces documents doivent permettre d’organiser durablement le développement urbain, de réserver les emprises nécessaires aux infrastructures futures et d’encadrer l’expansion des agglomérations.

La deuxième priorité est financière. Sur la base des études réalisées par ExpobetonRDC, Jean Bamanisa estime que la seule ville de Kinshasa nécessite un investissement d’au moins 15 milliards de dollars pour construire un réseau moderne comprenant voiries, réseaux divers (VRD), échangeurs, ouvrages d’art, places publiques, espaces verts, trottoirs et infrastructures de mobilité répondant aux exigences d’une mégapole du XXIe siècle. Il considère que les trente-cinq autres villes du pays nécessitent chacune un effort comparable, adapté à leurs besoins de développement.

Pour financer cet ambitieux programme, il propose de sécuriser les ressources à travers un ou deux contrats stratégiques adossés aux richesses minières, pétrolières ou à d’autres ressources naturelles du pays, tout en veillant à une gestion transparente des recettes.

Toutefois, prévient-il, aucun financement ne produira les résultats attendus sans une lutte déterminée contre la corruption. Pour lui, la mauvaise gouvernance demeure l’un des principaux obstacles à la réalisation d’infrastructures durables et de qualité. La transparence dans l’attribution des marchés, le contrôle rigoureux des travaux et l’obligation de résultats doivent devenir les piliers d’une nouvelle politique des infrastructures.

Enfin, Jean Bamanisa assume la nécessité de décisions difficiles. Il estime que la modernisation des grandes villes congolaises passera inévitablement par des travaux d’une ampleur exceptionnelle, comprenant parfois d’importantes démolitions afin de libérer les emprises nécessaires aux nouvelles infrastructures. Ces opérations devront naturellement être conduites dans le respect de la loi, avec des procédures d’indemnisation et de relogement lorsque celles-ci sont requises.

Pour illustrer sa vision, le président d’ExpobetonRDC invite les autorités congolaises à s’inspirer de la transformation de Paris au XIXᵉ siècle sous l’impulsion du baron Haussmann. Les grands boulevards, les réseaux d’assainissement, les espaces publics et l’organisation rationnelle de la capitale française ont profondément changé son fonctionnement et son attractivité.

À ses yeux, Kinshasa doit aujourd’hui connaître une mutation comparable. Non pas pour reproduire un modèle historique à l’identique, mais pour faire preuve de la même détermination politique, de la même cohérence dans la planification et de la même ambition dans l’exécution des grands travaux.

« Il faut une volonté à la Haussmann ; sinon notre révolution urbanistique durera encore deux ou trois siècles », avertit Jean Bamanisa.

Son plaidoyer dépasse finalement la seule question des infrastructures. Il interpelle les décideurs sur la nécessité de bâtir une vision nationale de l’aménagement du territoire, où la qualité des ouvrages, la bonne gouvernance, la planification urbaine et la mobilisation des ressources convergent vers un même objectif : faire des villes congolaises des espaces modernes, résilients et capables d’accompagner durablement le développement économique et social de la République démocratique du Congo.

Rédaction

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