Dans un contexte où la République démocratique du Congo cherche à transformer son immense potentiel en véritable levier de développement, les questions de la valorisation des compétences nationales et de la formation professionnelle occupent une place de plus en plus centrale dans le débat public. La déclaration de Jean Bamanisa Saidi, président du Club BTP et CMA, s’inscrit précisément dans cette dynamique.
« La Formation Professionnelle est la clé de la construction », affirme-t-il, avant d’annoncer le dépôt d’une proposition de loi portant sur la protection, la promotion et l’utilisation de l’expertise et des compétences nationales. Une initiative qui intervient après les avancées enregistrées autour du principe du contenu local et qui traduit une volonté de placer le savoir-faire congolais au cœur des politiques de développement.
Au-delà d’un simple slogan, cette vision repose sur une réalité économique incontestable : aucun pays ne peut bâtir une économie solide sans investir durablement dans son capital humain. Les infrastructures, les industries, les mines, les routes, les bâtiments publics ou les grands projets énergétiques ne se construisent pas uniquement avec des financements. Ils nécessitent des ingénieurs, des techniciens, des artisans qualifiés, des architectes, des gestionnaires et une main-d’œuvre compétente.
La République démocratique du Congo dispose d’une jeunesse nombreuse et d’un potentiel humain considérable. Pourtant, une part importante des grands projets continue de recourir à une expertise étrangère, parfois faute de mécanismes suffisamment structurés pour identifier, former, certifier et mobiliser les compétences locales. Cette situation alimente régulièrement le débat sur le transfert de compétences, la création d’emplois et la participation effective des Congolais aux retombées économiques des investissements réalisés dans leur propre pays.
La proposition de loi annoncée par Jean Bamanisa Saidi apparaît ainsi comme une nouvelle étape dans la consolidation d’une politique de souveraineté économique. Après le contenu local, qui vise notamment à accroître la participation des entreprises congolaises dans les secteurs stratégiques, l’objectif serait désormais de mieux protéger le capital humain national en encourageant le recours prioritaire aux compétences congolaises lorsque celles-ci existent.
Une telle démarche pourrait produire plusieurs effets positifs. Elle favoriserait l’emploi des jeunes diplômés, stimulerait les centres de formation professionnelle, encouragerait les entreprises à investir davantage dans le perfectionnement de leurs employés et contribuerait progressivement à réduire la dépendance vis-à-vis des expertises importées. À long terme, elle pourrait également renforcer la compétitivité des entreprises nationales et améliorer la qualité des réalisations dans les secteurs du bâtiment, des travaux publics, de l’industrie et des métiers connexes.
Le partenariat évoqué avec le ministère de la Formation professionnelle traduit également l’idée que la formation doit désormais répondre aux besoins réels du marché. Former pour former ne suffit plus. Les programmes doivent être alignés sur les exigences des entreprises, intégrer les nouvelles technologies, promouvoir les métiers techniques souvent sous-valorisés et offrir des certifications reconnues.
Cependant, la réussite d’une telle réforme dépendra de plusieurs conditions essentielles. Une loi, aussi ambitieuse soit-elle, ne produira d’effets que si elle s’accompagne d’une gouvernance efficace, de mécanismes transparents de certification des compétences, d’un financement durable de la formation professionnelle et d’une collaboration étroite entre l’État, le secteur privé, les universités et les centres techniques.
Il faudra également veiller à ce que la promotion de l’expertise nationale ne soit pas perçue comme un repli sur soi, mais comme une stratégie visant à renforcer les capacités locales tout en restant ouverte aux partenariats internationaux et au transfert de technologies. Dans un monde globalisé, la compétitivité se construit autant par l’ouverture que par la consolidation des compétences nationales.
En définitive, la déclaration de Jean Bamanisa Saidi remet sur la table une question fondamentale : quel développement la RDC souhaite-t-elle construire pour les décennies à venir ? Un développement porté principalement par des compétences importées, ou un modèle où les Congolais deviennent les premiers bâtisseurs de leur propre avenir ?
La réponse dépasse largement le secteur du BTP. Elle touche à la souveraineté économique, à la création d’emplois, à la compétitivité des entreprises nationales et à la capacité du pays à transformer sa richesse démographique en véritable moteur de croissance. Si cette proposition de loi est portée avec rigueur, accompagnée de réformes structurelles et soutenue par une politique ambitieuse de formation professionnelle, elle pourrait constituer une étape importante dans l’édification d’une économie congolaise davantage fondée sur son propre savoir-faire.Car, en définitive, la première richesse d’une nation ne réside pas uniquement dans son sous-sol. Elle se trouve avant tout dans les compétences de ses femmes et de ses hommes.
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