Les gouvernements de la République Centrafricaine (RCA) et de la République Démocratique du Congo (RDC) viennent de signer un communiqué conjoint sur les modalités d’exécution du projet régional Bangui–Kisangani–Bujumbura, connu sous l’appellation CD14. Une étape politique discrète, mais aux implications stratégiques majeures pour l’avenir économique de l’Afrique centrale.
Des signataires engagés

La signature officielle s’est tenue à Kinshasa, en présence des représentants des deux pays. Pour la RDC, c’est Alexis Gisaro Muvunyi, Ministre d’État en charge des Infrastructures et Travaux publics, qui a conduit la délégation congolaise. Son homologue centrafricain, Éric Rokosse Kamot, Ministre de l’Équipement et des Travaux publics, représentait la RCA. Ensemble, ils ont scellé un accord sur les modalités de mise en œuvre du corridor, incluant la construction d’un pont de 645 mètres sur l’Oubangui à Zongo, ainsi qu’un poste frontalier à contrôle unique.
Un projet au carrefour de trois nations
CD14 ambitionne de relier Bangui (capitale de la RCA), Kisangani (porte d’entrée fluviale et logistique du centre de la RDC) et Bujumbura (capitale économique du Burundi). L’itinéraire n’est pas anodin. Il traverse trois pays marqués par une instabilité chronique mais riches de potentiels inexploités. Kisangani, notamment, retrouve dans ce projet une vocation oubliée : celle d’un carrefour multimodal reliant les bassins fluvial, routier et potentiellement ferroviaire de l’Afrique centrale.
La RDC au centre du jeu
Pour Kinshasa, ce corridor pourrait devenir un levier puissant de développement régional. Il valorise les provinces du Nord-Est – longtemps négligées dans les plans d’aménagement nationaux – et conforte la position de la RDC comme pivot logistique du continent. La réactivation des voies fluviales entre Bangui et Kisangani, couplée à une extension terrestre jusqu’à Bujumbura, offrirait une alternative compétitive aux traditionnels corridors Sud (vers Durban) et Ouest (vers Matadi).

Une diplomatie du développement
La signature du communiqué intervient dans un climat diplomatique plus apaisé entre Bangui et Kinshasa, deux capitales longtemps séparées par les turbulences géopolitiques. Le fait que les deux gouvernements se soient accordés sur des modalités concrètes d’exécution signale une volonté commune de sortir du cycle de dépendance vis-à-vis des ports océaniques et des routes imposées.
Obstacles en vue
Le potentiel du projet est immense, mais les défis le sont tout autant. Le financement reste incertain : aucune annonce majeure n’a encore été faite du côté des bailleurs traditionnels (BAD, UE, CEEAC). L’état des infrastructures existantes, notamment entre Kisangani et la frontière burundaise, est alarmant. Et au-delà de la technique, le succès dépendra surtout de la capacité politique des trois pays à coopérer sur le long terme, malgré les aléas électoraux et les tensions internes.

Un corridor à surveiller
Dans une région où les projets structurants naissent souvent dans les communiqués pour mourir dans les classeurs, CD14 suscite autant d’espoir que de prudence. Mais à l’heure où l’intégration économique africaine cherche des fondations concrètes, ce corridor incarne une possibilité rare : celle de bâtir, à partir de l’intérieur du continent, une infrastructure pensée par et pour les Africains.
Rédaction


