Kinshasa, 25 juin 2025 .Elle existe sur le papier depuis plusieurs années. Elle affirme une volonté politique claire : réserver le commerce de détail aux nationaux. Et pourtant, dans les rues de Kinshasa comme dans celles de Lubumbashi, Goma ou Matadi, ce sont des expatriés qui dominent ce secteur stratégique de l’économie populaire.
Une loi, mille entorses
Le décret-loi n° 004/2005 du 9 février 2005, renforcé par des directives plus récentes, stipule que le commerce de détail doit être une activité réservée aux Congolais. Les étrangers, eux, sont censés se limiter au commerce de gros, à l’import-export et à certains secteurs spécifiques.

Mais sur le terrain, la réalité est tout autre : boutiques, mini-marchés, dépôts de quartier, étalages de téléphones, quincailleries de fortune… Une bonne partie du tissu commercial de proximité est entre les mains d’expatriés, souvent avec des complicités locales.
“Ce que la loi prévoit est une chose. Mais quand vous allez à Matete, Ngaba ou même à UPN, vous voyez bien qui vend au détail. Ce ne sont pas les Congolais”, observe Patrick M., économiste indépendant.
Pourquoi la loi ne s’applique pas ?
1. laxisme administratif
De nombreuses autorisations sont délivrées en toute illégalité, parfois avec des complicités dans les administrations locales. Certains expatriés opèrent sous couvert de prête-noms congolais, bénéficiant ainsi de protections opaques.
2. Faiblesse de l’entrepreneuriat local
Beaucoup de Congolais peinent à concurrencer les expatriés sur les plans du capital, de la logistique, et de la discipline commerciale. La formation entrepreneuriale, le soutien aux PME et l’accès au crédit restent très limités.
3. Absence de contrôles et de sanctions effectives
Les services de l’État chargés de faire respecter la réglementation manquent à l’appel et de volonté politique. Les rares contrôles sont souvent ponctuels, et les sanctions peu dissuasives.
4. Tolérance sociale devenue normalité
Le citoyen lambda, acculé par la pauvreté et la précarité, ne se soucie plus de qui vend, tant qu’il trouve un produit accessible. Cela contribue à banaliser la violation de la loi, qui devient invisible à force d’être ignorée.
Un enjeu de souveraineté économique

Ce commerce de détail représente une manne économique massive, avec des flux financiers non fiscalisés, souvent envoyés vers l’étranger. Laisser ce secteur aux mains d’intérêts extérieurs, c’est affaiblir les circuits économiques locaux, tuer les petits commerçants congolais, et entretenir un sentiment d’exclusion et de dépossession dans la population.
“C’est une bombe à retardement. Quand le Congolais ne trouve plus sa place même dans le commerce de pain ou de savon, il perd tout espoir dans son propre pays”, alerte un syndicaliste du secteur informel.
Et maintenant ?
Redonner au Congolais sa place dans le commerce de détail n’est pas une guerre contre les étrangers, mais une bataille pour la justice économique et la souveraineté nationale. Cela suppose :
• La mise en place d’un fonds d’appui aux petits commerçants nationaux ;
• Une campagne de sensibilisation et de moralisation de l’administration publique ;
• Des opérations systématiques de contrôle, accompagnées de sanctions claires ;
• Et surtout, une volonté politique assumée, au plus haut niveau de l’État.
Le commerce de détail est le dernier bastion de survie pour des millions de Congolais. Le leur retirer, c’est leur ôter toute chance de dignité. Il ne suffit pas d’avoir une loi : il faut la faire vivre, la faire respecter, et l’adapter aux réalités économiques pour bâtir une RDC forte de ses propres fils.
Rédaction


