Au cœur du troisième forum économique Angola–RDC, une voix s’est distinguée par sa clarté et son pragmatisme : celle de Jean Bamanisa Saidi, président d’ExpobetonRDC. Son message, sans détour, met en lumière un paradoxe criant : un pays aux ressources agricoles immenses, mais encore largement dépendant des produits importés, parfois même transformés chez son voisin angolais.
Cette situation, loin d’être une fatalité, est le résultat de choix politiques et fiscaux qui méritent aujourd’hui d’être repensés en profondeur.
Une fiscalité qui freine au lieu d’encourager
L’un des points centraux soulevés par Jean Bamanisa Saidi concerne la politique fiscale actuelle. En mettant sur un même pied d’égalité les entreprises de transformation agro-industrielle et les entreprises commerciales, l’État congolais envoie un signal contre-productif.
Taxer de manière identique celui qui transforme localement et celui qui importe revient à pénaliser l’effort productif. Or, la transformation agro-industrielle est précisément le maillon essentiel pour créer de la valeur ajoutée, générer des emplois et réduire la dépendance extérieure.
Son abstention lors du vote au Sénat de la loi de finances n’est pas anodine : elle traduit une inquiétude profonde face à un système fiscal qui risque de décourager les investisseurs locaux et étrangers.

Le paradoxe angolais
Le contraste avec Angola est particulièrement frappant. Longtemps considéré comme économiquement en retrait dans certains secteurs, l’Angola affiche aujourd’hui des progrès notables, notamment dans la transformation et l’industrialisation.
Pendant ce temps, la République démocratique du Congo continue d’importer massivement des produits transformés parfois issus de matières premières qu’elle produit elle-même.Cedéséquilibre commercial soulève une question fondamentale : comment un pays doté d’un potentiel agricole exceptionnel peut-il devenir dépendant de produits transformés ailleurs ?
Le Kongo Central : un levier stratégique sous-exploité
La réponse se trouve en partie dans des zones stratégiques comme le Kongo Central. Avec le développement du projet portuaire de Banana, cette région pourrait devenir un véritable hub industriel et logistique.
Mais pour que ce potentiel se concrise, il faut plus que des infrastructures : il faut une vision économique cohérente. Une vision qui place l’industrialisation au cœur des priorités nationales, et qui s’appuie sur des incitations fiscales fortes pour attirer les investissements.

Produire, transformer, exporter : un triptyque vital
Le constat est clair : la RDC ne manque ni de terres, ni de ressources, ni d’opportunités. Ce qui fait défaut, c’est un environnement incitatif capable de transformer ces atouts en richesse tangible.
Encourager la production locale ne suffit pas. Il faut aller plus loin : soutenir la transformation sur place, protéger intelligemment le marché intérieur, et accompagner les entreprises vers l’exportation.
Sans cela, le pays continuera à exporter ses matières premières à bas prix et à importer des produits finis à coût élevé un modèle économiquement insoutenable à long terme.
Rattraper le retard : une ambition réaliste
Oui, la RDC a pris du retard. Mais comme le souligne Jean Bamanisa Saidi, ce retard n’est pas irrémédiable. Avec des réformes fiscales adaptées, une volonté politique affirmée et une mobilisation des acteurs économiques, le pays peut non seulement combler ce gap, mais aussi s’imposer comme un acteur majeur de l’agro-industrie en Afrique.
Le forum Angola–RDC ne doit pas rester un simple espace de dialogue. Il doit être le point de départ d’un changement de cap.
Car au fond, la question n’est plus de savoir si la RDC peut réussir sa transformation économique.
La vraie question est : combien de temps encore peut-elle se permettre d’attendre ?

Rédaction


