Plus d’une heure perdue dans les embouteillages. Moteurs en surchauffe, klaxons assourdissants, nerfs à vif. Une scène devenue banale à Kinshasa, mais que Jean Bamanisa Saidi, président d’Expobeton RDC, refuse désormais de considérer comme une simple fatalité urbaine.

Dans une déclaration forte publiée ce 31 décembre, l’opérateur économique et acteur du secteur des infrastructures dresse un constat sans concession : Kinshasa ne souffre pas seulement d’un problème de circulation, mais d’une véritable crise vitale.
Une ville en infarctus
La métaphore est frappante. « La ville est un corps », écrit Jean Bamanisa. Ses routes sont des veines obstruées, ses flux de circulation le sang du peuple. Résultat : un infarctus urbain géant, avec des artères saturées, des capillaires rompus et une mobilité presque paralysée.
Pour lui, la comparaison littéraire avec La Ville cruelle de Mongo Beti s’impose. Mais ici, la cruauté n’est pas coloniale ou sociale : elle est administrative et politique, nourrie par une gouvernance qui exploite la ville sans l’organiser.
Au-delà de la circulation, une question de survie
L’analyse dépasse largement le cadre des embouteillages. « Ce n’est pas qu’un problème de circulation, c’est une crise vitale », insiste-t-il. Chaque heure perdue dans le trafic est une heure volée à la productivité, à la vie familiale, à la santé mentale et physique des Kinois.
Dans une mégapole qui dépasse désormais les 15 millions d’habitants, l’absence de planification urbaine cohérente devient un facteur de paupérisation, d’épuisement social et de perte économique massive.
La politique administre, elle ne soigne pas
Jean Bamanisa pose alors une question centrale : qui soigne Kinshasa ?
Selon lui, la ville n’a pas besoin de gestionnaires de crise ou de promesses électorales, mais d’un « cardiologue urbain », capable de diagnostiquer scientifiquement ses dysfonctionnements et de proposer des thérapies durables.
Il plaide pour une approche rigoureuse et multidisciplinaire :
• Les mathématiques, pour mesurer, modéliser et anticiper les flux ;
• La géométrie, pour repenser l’espace urbain ;
• La géographie, afin de respecter le relief, les eaux et les sols ;
• La sociologie, pour comprendre les usages réels et les déplacements quotidiens ;
• La philosophie, enfin, pour rappeler une évidence oubliée : une ville est faite pour vivre, pas pour user les existences.
Des solutions existent, l’urgence est dans l’exécution
Contrairement à un discours fataliste, Jean Bamanisa affirme que Kinshasa n’est pas condamnée. Des solutions existent déjà, notamment à travers des projets structurants comme PDTK, SOSAK et Metrokin, qu’il appelle à appliquer sans délai.
Il insiste également sur deux leviers souvent négligés :
• l’éducation citoyenne au civisme urbain,
• et le renforcement des infrastructures, construites selon des normes techniques réelles et à des coûts transparents.

Un appel à la mobilisation collective
Le message se conclut par un avertissement clair : « Le cœur bat encore. Avant la paralysie totale, mobilisons-nous. »
Un appel à dire stop à l’anarchie, et à agir avec méthode, courage et savoir.
À travers cette prise de position, Jean Bamanisa Saidi transforme un fait quotidien les embouteillages de Kinshasa en symptôme majeur d’un mal plus profond : celui d’une ville qui attend encore d’être pensée, soignée et respectée.
Rédaction


