Lors du déjeuner d’affaires du Club BTP & CMA, tenu ce samedi 29 novembre 2025 au SERAY –Mediterranean Lounge, le président du club, Jean Bamanisa Saidi, a livré une intervention forte, pointant du doigt un problème majeur qui paralyse Kinshasa : la mauvaise gouvernance et l’abandon des outils de planification urbaine.
Face au thème de la journée –
« Kinshasa, Mobilité et infrastructures urbaines : Quelles solutions pratiques pour l’État, la Ville-Province, les communes et les citoyens ? » –
Bamanisa a fait un constat sans concession.
« Le SOSAK et le PDTK ont été mis dans le tiroir. »
Selon Jean Bamanisa, les autorités disposent depuis longtemps des instruments capables d’encadrer la croissance de Kinshasa :
• SOSAK, le Schéma d’Orientation Stratégique de l’Agglomération Kinoise,
• PDTK, le Plan Directeur de Transport de Kinshasa.
Ces documents, fruits de travaux techniques approfondis, étaient censés servir de boussole pour les décisions structurantes en matière de mobilité, urbanisation, densification et développement territorial.

Pourtant, dénonce-t-il,
« Les politiques ont mis le SOSAK dans le tiroir.
Le PDTK aussi. C’est une question de responsabilité. »
Autrement dit, les solutions existent, mais elles ne sont pas appliquées.
Un problème de gouvernance avant tout
Bamanisa ne mâche pas ses mots :
« Il y a effectivement un problème de gouvernance. »
Pour lui, Kinshasa ne souffre pas uniquement de congestion, de constructions anarchiques ou de manque d’infrastructures.
Elle souffre d’une absence de décision stratégique, d’une incapacité à appliquer les plans adoptés, et d’une gouvernance court-termiste.
Des militaires sur les routes : une fausse solution
La critique est frontale :
« La solution que les gouvernants ont trouvée pour réguler la mobilité dans la ville de Kinshasa, c’est de nous mettre des militaires sur les routes. Ce n’est pas ça la solution. »

Cette pratique, devenue monnaie courante lors des périodes de crise de circulation, est qualifiée d’approche bricolée, symptomatique d’une gestion réactive plutôt que proactive.
Pour Bamanisa, la mobilité urbaine ne peut pas être réglée par la force, mais par :
• la planification,
• l’aménagement du territoire,
• l’investissement dans les infrastructures structurantes,
• la discipline urbanistique,
• et la vision.
Des normes ignorées : « A-t-on pensé à l’électricité ? »
Le président du Club BTP CMA rappelle que la RDC a déjà adopté la loi sur l’aménagement du territoire, qui fixe des règles claires.
Il cite un exemple frappant :
« La loi dit qu’il faut, depuis la gare centrale jusqu’au-delà sur le boulevard, construire des bâtiments à 21 niveaux.
Est-ce qu’ils ont tenu compte des besoins en électricité ? Rien du tout. »

Ce passage dénonce une planification verticale déconnectée : on autorise des tours de 21 étages alors que la ville peine déjà à alimenter des maisons de deux niveaux.
Des conséquences visibles : saturation, insalubrité, urbanisation anarchique
L’abandon du SOSAK et du PDTK se traduit aujourd’hui par :
• l’occupation incontrôlée des emprises publiques,
• la saturation du boulevard du 30 juin et des axes majeurs,
• une mobilité paralysée,
• des quartiers densifiés sans services essentiels,
• un réseau électrique incapable de suivre,
• des incohérences dans la délivrance des permis de construire.
Kinshasa se développe « au hasard », sans un cadre réglementaire appliqué.
Un appel à la responsabilité et à l’application des plans
Bamanisa insiste : il est temps de remettre les documents stratégiques sur la table, et surtout, de les appliquer.
Le SOSAK et le PDTK ne sont pas des rapports dormants :
ce sont des outils techniques, viables, déjà financés, capables de transformer Kinshasa en une métropole structurée.
Sa conclusion implicite est sans appel :
Sans gouvernance, il n’y aura ni mobilité, ni modernisation, ni ordre urbain.
Avec les plans existants, Kinshasa peut se reconstruire si les dirigeants prennent enfin leurs responsabilités.
Rédaction


