Kinshasa étouffe. Chaque matin, chaque soir, les klaxons s’entremêlent dans un concert assourdissant au croisement du Boulevard du 30 Juin et de Socimat — l’un des carrefours les plus emblématiques… et les plus chaotiques de la capitale.
Ici, le désordre n’est plus un accident : il est devenu la norme.
Un saut-de-mouton mal pensé, mal placé

Qui a conçu les plans du saut-de-mouton Socimat ?
Pourquoi ses piliers semblent-ils posés sans coordination avec les voies qui y mènent, notamment celles de Safricas et de Rotana ?
Le constat est accablant : les alignements ne respectent ni la géométrie routière ni la fluidité de circulation.
Résultat : des véhicules s’engagent dans des virages impossibles, des files se croisent, les embouteillages explosent.
Le saut-de-mouton, censé désengorger, est devenu un point d’étranglement.
L’infrastructure, au lieu de résoudre le problème, l’a figé dans le béton.
Un marquage au sol invisible : symbole d’un désordre entretenu
Autre paradoxe : alors que la CNPR (Commission nationale de prévention routière) est chargée de tracer les lignes de circulation, aucune signalisation claire ne guide les conducteurs.
Les bandes blanches s’effacent sous la poussière, les feux sont mal synchronisés, et les usagers livrés à eux-mêmes improvisent des trajectoires.
Comment espérer de l’ordre là où la route ne parle pas ?
Des pavés décoratifs, mais une logique absente
Pire encore, autour du saut-de-mouton, des pavés flambant neufs ont été posés… sans que les voies ne soient alignées.
Au lieu de corriger l’erreur de positionnement de l’ouvrage, on a préféré habiller le désordre.
Les pavés brillent, mais la circulation s’enlise.
À Kinshasa, on décore souvent les erreurs au lieu de les corriger.
Le désordre urbain comme héritage
Le cas de Socimat n’est pas isolé.
Il est le symbole d’un urbanisme fragmenté, où chaque projet est conçu sans concertation avec les autres :
• Des routes sans plan de mobilité global.
• Des ouvrages sans études d’impact.
• Des institutions qui travaillent en silo.
Les conséquences ?
Des heures perdues dans les bouchons, des accidents évitables, une économie asphyxiée, et un quotidien devenu un parcours d’obstacles pour les Kinois.
Et si on osait repenser la ville ?

Kinshasa a besoin d’une vision, pas d’improvisations.
D’un plan directeur d’aménagement respecté, pas de projets isolés qui se contredisent.
D’un leadership urbain fort, capable de coordonner les ministères, les communes, les services techniques et les entreprises.
Parce qu’une capitale de plus de 15 millions d’habitants ne peut plus se contenter de rafistolages.
Il est temps de passer du bricolage urbain à la planification cohérente.
Kinshasa mérite mieux que des routes décorées.
Elle mérite des routes pensées.
Rédaction


