La co-gestion du Couloir Vert : un levier stratégique pour financer la construction de l’administration publique congolaise

La République démocratique du Congo (RDC) fait face à un double défi : renforcer durablement son administration publique et accélérer le développement territorial à la base. Dans ce contexte, la mise en place d’un accord de co-gestion du Couloir/Corridor Vert apparaît comme une option stratégique crédible, capable de générer des ressources propres pour l’État tout en structurant le territoire national.

Valoriser le Couloir Vert pour bâtir l’État

Le Couloir Vert, en tant qu’infrastructure logistique et économique structurante, peut devenir une source pérenne de revenus publics s’il est géré dans un cadre contractuel clair, transparent et équilibré.
Un accord de co-gestion permettrait de canaliser une partie des revenus générés par les activités de transit, de transport et d’exploitation économique vers un objectif prioritaire : la construction et la modernisation de l’administration publique congolaise.

Investir dans l’administration, c’est renforcer la capacité de l’État à planifier, réguler, collecter et redistribuer les ressources. Une administration fonctionnelle constitue le socle indispensable à toute politique de développement crédible.

Créer les conditions du développement durable à la base

Une fois l’administration consolidée, la RDC serait mieux outillée pour déployer efficacement des projets de développement durable alignés sur les Objectifs de Développement Durable (ODD).
Ces projets pourraient être mis en œuvre dans les bourgades, chefferies, communes et villes, en tenant compte des réalités locales et des priorités communautaires : infrastructures sociales, aménagement du territoire, services publics de proximité, économie locale et protection de l’environnement.

Ainsi, la co-gestion du Couloir Vert ne serait pas une fin en soi, mais un outil de transformation structurelle, reliant les grandes infrastructures nationales au développement local inclusif.

L’exemple du Corridor de Lobito : une approche complémentaire

Cette logique peut également s’appliquer au Corridor de Lobito, à travers un contrat ou un accord de gestion logistique équivalent à au moins 5 à 10 % de la valeur des minerais transportés.
Les ressources générées permettraient de créer, construire et moderniser les chefferies, communes et villes tout le long du corridor, favorisant ainsi l’émergence de pôles urbains et économiques intégrés.

Les études techniques nécessaires ont déjà été réalisées en Angola et en Zambie. Par ailleurs, la Banque mondiale et l’IFC Afrique envisagent de conduire ces études pour la RDC, en lieu et place de l’un des ministères compétents, ce qui souligne l’intérêt des partenaires internationaux pour ce modèle, mais aussi l’urgence d’une appropriation nationale.

Un plaidoyer resté sans suite concrète

Ces propositions ont été clairement rappelées lors d’ExpobetonRDC à Lubumbashi, en avril 2025. À l’issue de sa participation aux assises de Global Gateway 2025, Jean Bamanisa Saidi, président d’ExpobetonRDC, a déploré l’absence de suites concrètes malgré la pertinence et la faisabilité de ces mécanismes.

transformer les corridors en instruments de souveraineté

La co-gestion du Couloir Vert offre à la RDC une opportunité rare : financer la construction de son administration par ses propres leviers économiques, réduire la dépendance extérieure et poser les bases d’un développement territorial durable.
Il est désormais impératif que cette vision soit traduite en décisions politiques et en actions opérationnelles, afin que les corridors stratégiques deviennent de véritables instruments de souveraineté et de progrès national.
Rédaction

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