Paradoxalement vital et négligé, le réseau ferroviaire de la Société Nationale des Chemins de fer du Congo (SNCC) incarne à la fois l’héritage industriel de la RDC et un potentiel stratégique sous-exploité pour l’intégration régionale. À l’heure où les corridors de la SADC s’organisent autour de la fluidité logistique, la relance du rail congolais n’est plus une option : elle est un impératif de souveraineté économique et d’ouverture continentale.
- Un patrimoine ferroviaire en sursis
La SNCC exploite environ 3 641 km de voies ferrées, principalement dans l’ex-Katanga, avec des connexions stratégiques vers la Zambie (via Sakania), l’Angola (via Dilolo) et potentiellement vers la Tanzanie (via Kalemie et le lac Tanganyika). Ce réseau représente :
• 78 % des infrastructures ferroviaires opérationnelles de la RDC ;
• Plus de 60 % du potentiel logistique pour l’export des minerais du cuivre, cobalt et lithium ;
• Une capacité théorique de 5 à 7 millions de tonnes de fret par an, mais une performance réelle inférieure à 1,3 million de tonnes en 2024.

En 1974, la SNCC transportait près de 4,2 millions de tonnes. Cinquante ans plus tard, elle tourne à 30 % de sa capacité historique.
- Le rail, levier d’intégration régionale et alternative stratégique
La relance du rail offrirait à la RDC un triple avantage :
Intégration régionale
• Connexion directe aux ports de Durban, Beira, Lobito et Dar es Salaam ;
• Intégration logistique avec les corridors de Walvis Bay, Beira et Lobito dans l’espace SADC ;
• Positionnement de la RDC comme hub de transit ferroviaire entre l’Afrique australe et centrale.
Décongestion des routes
• Le corridor Kolwezi-Kasumbalesa transporte plus de 2 000 camions/jour, causant des embouteillages de plus de 30 km à la frontière ;
• Un train minéralier peut remplacer jusqu’à 80 camions, réduisant les coûts logistiques de 40 % et les émissions de CO₂ de 60 %.
Relance économique
• Chaque milliard de dollars investi dans le rail crée jusqu’à 50 000 emplois directs et indirects ;
• Moderniser la SNCC stimulerait l’économie locale dans les villes ferroviaires (Likasi, Kamina, Mwene-Ditu, Ilebo).
- Quels coûts pour quels retours ?
La Banque mondiale et la BAD estiment le coût de la réhabilitation complète du réseau SNCC à environ 1,5 à 2,2 milliards USD. À titre de comparaison :
• La Chine a investi 1,9 milliard USD pour le chemin de fer Tanzanie–Zambie (TAZARA) en 2022 ;
• Le chemin de fer Lobito (Angola–Zambie–RDC) bénéficie de 250 millions USD d’investissement via l’initiative américaine PGII.
- Repenser la SNCC : de l’oubli à l’opportunité
La relance ne peut reposer sur la seule nostalgie des grandes heures du rail congolais. Elle nécessite :
• Un partenariat public-privé (PPP) innovant pour mobiliser les capitaux privés ;
• Une réforme structurelle de la gouvernance de la SNCC ;
• Une vision intégrée alignée avec les corridors SADC, le Plan directeur national d’aménagement du territoire et la ZLECAf.
Le réseau ferroviaire de la SNCC peut redevenir la colonne vertébrale du développement logistique national et régional, ou continuer à être la relique rouillée d’un passé glorieux. La RDC, riche de ses ressources, doit aujourd’hui être aussi riche de ses connexions.
Le rail n’est pas du passé. Il est le futur de la souveraineté logistique africaine.
Rédaction


