Présenté comme l’un des plus grands marchés modernes d’Afrique centrale, le marché Zando devait incarner la transformation économique et urbaine de Kinshasa.

Avec ses 10 000 stands, 630 magasins, 40 chambres froides, 272 toilettes, 22 unités bancaires, deux aires de restauration, une caserne de pompiers, un système de vidéosurveillance, du wifi haut débit et des écrans publicitaires, le projet affichait une ambition hors norme.
Pourtant, à mesure que les détails émergent, une question centrale s’impose : comment un tel complexe a-t-il pu être lancé sans une planification crédible des voies d’accès ?
Un gigantisme déconnecté de la réalité urbaine
Un équipement de cette envergure est censé absorber quotidiennement des dizaines de milliers de commerçants, de clients, de transporteurs et de fournisseurs.
Or, le site du marché Zando souffre d’un handicap majeur : l’absence d’infrastructures routières adaptées. Les artères existantes sont étroites, déjà saturées, et incapables de supporter un tel flux logistique.
Urbanistes et spécialistes de l’aménagement interrogés soulignent qu’un marché de cette taille exige, en amont, un schéma de circulation précis : routes d’accès élargies, parkings, voies de livraison, connexions avec les transports en commun. Rien de tout cela ne semble avoir été livré ni même clairement planifié avant le lancement des travaux.
La responsabilité politique en question
Comment une autorité urbaine a-t-elle pu valider un tel projet sans exiger au préalable les études d’impact routier, environnemental et socio-économique indispensables ?
Cette question n’est pas anodine. Elle renvoie à la gouvernance des grands projets publics à Kinshasa, souvent marqués par la précipitation, l’opacité et l’absence de coordination entre les services techniques de l’État.
À ce stade, aucune communication officielle n’a permis d’éclairer l’opinion sur l’existence ou non d’études sérieuses ayant précédé le chantier.
Un partenariat public-privé sous tension
Autre élément troublant : selon plusieurs sources concordantes, le partenaire technique et financier du projet, engagé dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP), aurait bénéficié d’un financement estimé à 70 millions de dollars américains, obtenu auprès de la Sofibanque. Or, ce même partenaire souhaiterait aujourd’hui céder son contrat PPP.
Une telle démarche soulève de lourdes interrogations. Pourquoi un investisseur se désengagerait-il d’un projet censé être rentable à long terme ? Le modèle économique était-il réaliste ? Les recettes attendues couvrent-elles réellement les coûts d’exploitation, de maintenance et de remboursement du financement ? Ou assiste-t-on à un cas classique de projet mal structuré, devenu financièrement intenable ?
Des risques financiers et sociaux majeurs
Si la cession du contrat venait à se confirmer, les conséquences pourraient être lourdes : contentieux juridiques, transfert de la dette à la puissance publique, dégradation accélérée des infrastructures, voire abandon partiel du site. Dans un contexte où les finances publiques sont déjà sous pression, un tel scénario ferait du marché Zando un éléphant blanc, coûteux et inefficace.
Pour les commerçants, censés être les premiers bénéficiaires du projet, l’incertitude est totale. Sans accès viables, sans organisation logistique claire et sans garantie sur la gestion future, le marché risque de devenir un espace sous-exploité, voire invivable.
L’urgence d’une enquête indépendante
Face à l’ampleur des enjeux, une enquête approfondie et indépendante apparaît indispensable. Elle devrait établir :
les conditions exactes d’attribution du contrat PPP ; l’existence et la qualité des études préalables ;le circuit réel des financements ;les responsabilités administratives et politiques dans la validation du projet ;et les raisons précises du désengagement annoncé du partenaire privé.

Le marché Zando ne doit pas devenir un symbole supplémentaire de projets pharaoniques conçus sans vision globale. À Kinshasa, où les besoins en infrastructures de base sont immenses, chaque dollar investi doit répondre à une logique de durabilité, de transparence et d’intérêt général.
Au-delà des chiffres et des bâtiments, c’est la question de la redevabilité des décideurs publics qui est posée. Et celle-ci, tôt ou tard, appelle des réponses.
Rédaction


