PDL-145T : quatre ans après, l’heure de vérité a enfin sonné

Le Gouvernement congolais semble avoir décidé de changer de méthode. Après plusieurs années marquées par des annonces, des inaugurations partielles et des interrogations persistantes sur l’état réel du Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), l’exécutif exige désormais une photographie précise des réalisations confiées au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

L’exercice n’est pas anodin. Il intervient plus de quatre ans après le lancement du programme et traduit une volonté de passer d’une logique de décaissements à une logique de résultats.Les chiffres présentés lors de la réunion du comité de pilotage, présidée par le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, permettent pour la première fois d’apprécier l’ampleur des défis.Sur les 764 infrastructures placées sous la responsabilité du PNUD, 341 seulement ont été livrées, soit un taux d’exécution de 44,6 %. Autrement dit, plus d’un ouvrage sur deux reste encore indisponible pour les populations.

L’analyse détaillée révèle une situation contrastée.

Le PNUD indique que 104 infrastructures sont pratiquement achevées. Si les derniers travaux sont financés et les procédures techniques accélérées, elles pourraient être réceptionnées dans un délai relativement court.A cela s’ajoutent 145 chantiers relancés après avoir connu des interruptions, signe que les difficultés rencontrées n’ont pas uniquement été techniques mais également financières, administratives ou logistiques.Enfin, 141 infrastructures affichent un niveau d’exécution inférieur à 70 %, ce qui signifie que plusieurs dizaines de millions de dollars devront encore être mobilisés avant leur livraison.Au total, 390 ouvrages demeurent donc inachevés.

Ces statistiques montrent que le défi dépasse largement la simple construction des bâtiments.Le portefeuille confié au PNUD représente un investissement estimé à 644 millions de dollars, soit près de 39 % du coût global du PDL-145T, évalué à environ 1,66 milliard de dollars.En moyenne, cela représente près de 843 000 dollars par infrastructure sous gestion du PNUD.A ce niveau d’investissement, chaque retard a un coût économique important.Un centre de santé non livré signifie des milliers de patients qui continuent à parcourir plusieurs kilomètres pour accéder aux soins.

Une école inachevée oblige encore des centaines d’enfants à étudier dans des bâtiments précaires.Un bâtiment administratif indisponible ralentit le fonctionnement des services publics locaux.Le véritable enjeu n’est donc plus seulement de construire.Il est surtout de rendre ces infrastructures opérationnelles.

C’est précisément sur ce point que le ministre des Finances semble vouloir déplacer le curseur.La demande formulée au PNUD de produire, sous quinze jours, un chronogramme détaillé des travaux ainsi qu’un calendrier des décaissements constitue une évolution importante dans la gouvernance du programme.

Cette approche permettra au Trésor public de programmer les paiements en fonction de l’avancement réel des travaux plutôt que sur la base d’estimations générales.Elle offre également un meilleur outil de contrôle pour éviter les retards injustifiés et identifier rapidement les blocages.Mais au-delà des chiffres, une autre question demeure essentielle : celle de l’utilité réelle des ouvrages.

Une école ne produit aucun impact sans enseignants, sans bancs et sans élèves.Un centre de santé ne sauve aucune vie sans médecins, sans médicaments, sans eau potable et sans électricité.Une infrastructure publique ne remplit sa mission que lorsqu’elle fonctionne effectivement.Cette logique de fonctionnalité devra désormais accompagner chaque réception d’ouvrage.

L’État devra également renforcer le suivi post-construction afin de garantir l’entretien des infrastructures et leur intégration dans les budgets de fonctionnement des provinces et des entités territoriales décentralisées.Le contrôle engagé aujourd’hui arrive certes tardivement, mais il constitue probablement l’étape la plus importante depuis le lancement du programme.

Il permettra de distinguer les ouvrages réellement achevés de ceux qui ne le sont que sur le papier, d’évaluer l’utilisation effective des financements publics et internationaux, et de restaurer la confiance des populations dans un programme présenté comme l’un des principaux leviers du développement local.Le PDL-145T est né avec une ambition claire : réduire les inégalités territoriales en rapprochant les services sociaux de base des populations.

Cette ambition reste intacte.

Mais elle ne sera atteinte que si les infrastructures quittent définitivement le statut de chantier pour devenir des écoles ouvertes, des centres de santé fonctionnels et des administrations réellement au service des citoyens.L’heure n’est donc plus aux annonces.Elle est à la reddition des comptes, à la transparence et, surtout, à l’achèvement effectif des ouvrages que les Congolais attendent depuis plusieurs années.

Le PDL-145T mérite aujourd’hui un réajustement stratégique. La priorité devrait être accordée aux infrastructures routières, véritable socle du développement local.

Depuis plusieurs années, Expobeton plaide pour une approche plus pragmatique, fondée sur la construction de routes stabilisées réalisées à partir de matériaux locaux, moins coûteux et mieux adaptés aux réalités du pays. Cette solution permettrait d’étendre rapidement le réseau routier tout en optimisant les ressources financières disponibles.

Parallèlement, le modèle des contrats GENIS (Gestion de l’Entretien des Infrastructures et Services) devrait être davantage privilégié. Ce mécanisme repose sur la réhabilitation et l’entretien permanent des routes afin de les maintenir praticables en toute saison. Son principe est simple : les entreprises sont rémunérées en fonction des résultats obtenus, notamment le maintien de la route dans un état de circulation satisfaisant, plutôt que sur la seule exécution des travaux.

Une telle réorientation permettrait d’améliorer durablement la mobilité des populations, de désenclaver les territoires et de garantir un meilleur retour sur les investissements publics.

Rédaction

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