RDC : Infrastructures routières, entre promesses, héritage et défis structurels

Dans sa 31ᵉ Tribune, le vice-Premier ministre en charge du Budget, Adolphe Muzito, relance le débat sur la performance des régimes successifs en matière d’infrastructures routières en République démocratique du Congo (RDC). Il affirme que « si le rythme de construction des infrastructures s’accélère, le président Félix Tshisekedi pourra construire d’ici à 2028, soit dix ans, 6 000 km de routes, là où le président Joseph Kabila a construit 3 000 km pendant vingt ans ».

Cette déclaration, au-delà de sa portée politique, invite à un examen rigoureux de l’état réel du réseau routier congolais, de son évolution historique et des perspectives annoncées par les autorités actuelles.

Un réseau routier vaste mais faiblement modernisé

Avec environ 153 209 km de routes, la RDC dispose sur le papier de l’un des réseaux routiers les plus étendus d’Afrique. Ce réseau se répartit entre 58 500 km de routes d’intérêt général, 86 870 km de routes de desserte agricole ou locale et près de 7 400 km de voiries urbaines.

Cependant, cette ampleur cache une réalité structurelle préoccupante : moins de 2 % du réseau routier est revêtu. Sur les 58 500 km de routes d’intérêt général, environ 3 000 km seulement sont bitumés ou asphaltés, le reste étant constitué de routes en terre ou en gravier, fortement dépendantes des conditions climatiques.

Historiquement, les estimations faisaient état d’environ 2 250 km de routes pavées, dont à peine 1 200 km en bon état, pour un pays vaste de plus de 2,3 millions de km². Cette faiblesse structurelle place la RDC parmi les pays ayant l’une des plus faibles densités de routes pavées au monde, avec environ 14 km de routes bitumées pour 1 000 km², bien en dessous des standards régionaux et internationaux.

Un héritage lourd sous les régimes précédents

Sous la présidence de Joseph Kabila (2001–2019), les investissements routiers sont restés limités au regard des besoins du pays. Selon les chiffres communément admis dans le débat public, environ 3 000 km de routes pavées ou modernisées auraient été construits ou réhabilités en près de vingt ans.

Cette performance, jugée insuffisante par de nombreux observateurs, a contribué à maintenir de vastes zones du pays dans un enclavement chronique, freinant les échanges économiques, l’intégration territoriale et l’accès aux services sociaux de base.

Des efforts récents, mais encore modestes

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Félix Tshisekedi, les autorités affichent une volonté de rupture, avec la relance de plusieurs projets structurants. En 2024, le ministère des Infrastructures a annoncé la réhabilitation d’environ 540 km de routes et la remise à neuf de 76 km de voiries urbaines.

Pour les années à venir, les ambitions sont nettement plus élevées. Le gouvernement prévoit notamment :
• la stabilisation ou réhabilitation de 3 735 km de routes en 2026 sur des axes stratégiques (RN1, RN2, RN4, RN7…) ;
• la construction ou la réhabilitation de 38 000 km de routes de desserte agricole ;
• l’aménagement de 11 423 km de routes prioritaires, dans le cadre de programmes comme le PDL-145 territoires et les corridors nationaux.

L’affirmation d’Adolphe Muzito : réalisme ou pari politique ?

L’affirmation selon laquelle le président Tshisekedi pourrait atteindre 6 000 km de routes en dix ans, soit le double de ce qui aurait été réalisé en vingt ans sous Joseph Kabila, apparaît techniquement plausible au regard des objectifs affichés. Toutefois, elle demeure conditionnelle à plusieurs facteurs majeurs :
• la mobilisation effective des financements ;
• la capacité d’exécution des entreprises ;
• la continuité politique et sécuritaire ;
• la transparence et la rigueur dans la gestion des projets.

À ce stade, les réalisations concrètes restent en deçà des annonces, ce qui alimente le scepticisme d’une partie de l’opinion publique.

entre ambition et réalité du terrain

L’état des infrastructures routières en RDC reste fragile, insuffisant et structurellement déficitaire, malgré des efforts récents et des annonces ambitieuses. La déclaration d’Adolphe Muzito met en lumière un enjeu central : le défi n’est pas seulement de promettre plus, mais de réaliser mieux et durablement.

Si le rythme de construction et de réhabilitation s’accélère réellement, le pays pourrait amorcer un tournant historique en matière de désenclavement. À défaut, les chiffres resteront des projections politiques de plus, dans un pays où la route demeure encore, pour des millions de Congolais, un luxe plutôt qu’un acquis.

Rédaction

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