L’annonce du lancement de la route provinciale Batshiamba-Gungu-Kakobola par le ministre John Banza Lunda n’est pas un simple fait d’actualité. Elle révèle, en creux, l’état critique mais aussi stratégique du réseau routier de la République démocratique du Congo (RDC).
Car en RDC, parler de routes, c’est parler d’économie, de sécurité alimentaire et, plus profondément encore, d’unité nationale.
Un réseau immense… mais largement impraticable
Sur le papier, la RDC dispose d’un réseau routier impressionnant, estimé à plus de 150 000 km. Mais ce chiffre masque une réalité préoccupante :
Moins de 3 000 km seulement sont asphaltés, soit une infime portion du réseau

À peine 2 % des routes sont revêtues
Une grande partie des routes rurales (plus de 87 000 km) est constituée de pistes souvent impraticables. Pire encore, l’état global du réseau s’est dégradé avec le temps : aujourd’hui, à peine 35 % des routes sont en bon état, contre 95 % au lendemain de l’indépendance. Autrement dit, la RDC possède un réseau routier vaste, mais largement inefficace.
Un frein majeur au développement économique
Cette situation a des conséquences directes sur l’économie nationale. Dans un pays à vocation agricole, l’absence de routes fiables signifie : Difficulté d’acheminer les produits agricoles vers les marchés; Pertes post-récolte importantes;
Isolement des zones rurales.
Le cas de Gungu, évoqué dans votre actualité, est emblématique : sans routes praticables, les agriculteurs produisent… mais ne vendent pas.
Or, le réseau routier est la colonne vertébrale de toute économie. En RDC, il supporte plus de 90 % du trafic sur un réseau prioritaire limité, preuve de sa centralité mais aussi de sa surcharge.
Une fracture territoriale persistante
Au-delà de l’économie, la défaillance du réseau routier accentue les inégalités territoriales.
Certaines régions restent quasi enclavées, notamment :Kwilu et Kasaï; Maï-Ndombe et plusieurs zones de l’Est affectées par l’insécurité.
Résultat : le pays fonctionne comme une mosaïque d’espaces déconnectés.
Les échanges interprovinciaux restent limités. L’intégration nationale est fragilisée.
Même les grands corridors régionaux, censés relier la RDC aux marchés africains, souffrent de discontinuités et de dégradations.
Les causes profondes : un problème structurel
L’état du réseau routier congolais n’est pas le fruit du hasard. Il résulte de plusieurs facteurs cumulés :
Sous-investissement chronique depuis plusieurs décennies; Manque d’entretien des routes existantes; Contraintes géographiques (forêts denses, pluies abondantes, sols instables); Faiblesses institutionnelles dans la gestion des infrastructures.
À cela s’ajoute une réalité historique : depuis l’indépendance, la RDC n’a construit qu’une portion limitée de nouvelles routes par rapport à l’héritage colonial.
Une dynamique de relance encore fragile
Malgré ce tableau sombre, des signaux positifs émergent : Programmes de réhabilitation de routes nationales; Projets de desserte agricole; Partenariats publics-privés dans les infrastructures.
Le lancement de la route Batshiamba-Gungu-Kakobola s’inscrit dans cette dynamique. Ce type de projet est essentiel car il cible les zones rurales, là où l’impact économique et social est le plus immédiat.
Mais attention : construire ne suffit pas.
Le véritable défi reste l’entretien durable.
Sans maintenance, toute route redevient piste en quelques années.
Reconstruire la RDC par ses routes
La RDC ne manque ni de ressources, ni de potentiel. Ce qui lui manque encore, c’est un réseau routier capable de relier ses richesses à ses populations.
Chaque kilomètre de route construit ou réhabilité est : un champ qui trouve un marché; une province qui se rapproche d’une autre ; une économie locale qui respire
La route de Gungu n’est donc pas qu’un chantier : c’est un symbole.
Celui d’un pays qui tente, lentement mais sûrement, de sortir de l’enclavement pour entrer dans une logique de développement intégré.

Rédaction


