Par un lecteur engagé, passionné par les questions de gouvernance urbaine et d’économie populaire
Dans le paysage de Kinshasa, on ne peut plus détourner le regard : les ligablo, étals, échoppes et micro-marchés informels occupent chaque coin de rue, chaque trottoir, chaque entrée d’immeuble. Si pour certains ils incarnent le désordre et l’occupation illégale de l’espace public, pour moi — et pour beaucoup d’autres Kinois — ils représentent une réponse sociale à un système trop souvent défaillant.
Je souhaite, à travers ces quelques lignes, proposer une réflexion profonde, loin des jugements simplistes, sur comment la ville peut évoluer sans écraser cette dynamique vitale, et même s’en nourrir.

Une organisation parallèle, mais pas chaotique
Ce que certains décrivent comme désorganisation est en réalité une organisation parallèle, fondée sur la résilience. Le commerce informel n’est pas une anomalie, c’est une économie de survie, construite par nécessité. Elle répond à l’inaccessibilité du marché formel, au chômage massif, à la rareté d’espaces réglementés pour commercer.
Il faut cesser de croire que le développement urbain impose une éradication du petit commerce de rue. L’un ne doit pas exclure l’autre.
Réconcilier les deux mondes : vers un urbanisme négocié
Je suis convaincu que Kinshasa n’a pas besoin d’un plan de guerre contre l’informel. Elle a besoin d’un plan d’intégration fonctionnelle. Voici quelques pistes que je crois pertinentes :
- Cartographier pour mieux gérer; Pourquoi ne pas créer une base de données géolocalisée des zones de commerce informel ? Cela permettrait de : comprendre les flux; cibler les zones de saturation;anticiper les besoins d’aménagement; Déployer des infrastructures souples
Plutôt que des marchés géants souvent inaccessibles, créons :
des micro-marchés modulables; des stands démontables à bas prix ; des espaces de négoce temporaire, légalisés à l’échelle des quartiers; Faciliter une formalisation par étapes.

Avec une fiscalité douce (par exemple un forfait journalier symbolique), on peut proposer :
un statut simplifié de commerçant local; des avantages concrets : éclairage, sécurité, accès au crédit; un contrat de confiance avec l’État.
- Redonner aux communes leur rôle de proximité
Il est temps que les communes deviennent les régulateurs de cette économie de terrain : elles connaissent mieux que quiconque les réalités locales, les besoins des vendeurs, les conflits entre acteurs, les heures de pointe, les types de produits.
Une vision à adopter : l’informel comme levier, pas comme obstacle
Je crois qu’il faut sortir du réflexe “réglementer = déguerpir”. Le commerce informel peut être un pont entre l’exclusion et l’intégration. Il permet :
d’éviter des explosions sociales; de donner du revenu à des milliers de familles; d’entretenir un tissu économique vivant.
C’est une économie en transition, pas une fatalité. À condition qu’elle soit encadrée, accompagnée, respectée.
une ville pensée avec ses habitants
Kinshasa ne peut pas se moderniser contre son peuple. Elle doit se moderniser avec lui. Cela implique :
une nouvelle posture des autorités; une planification plus souple; et surtout une vision plus humaine de la ville.
Je rêve d’une Kinshasa où un commerçant de rue est vu comme un acteur économique, pas comme un fauteur de trouble. Où les trottoirs sont organisés, pas nettoyés au bulldozer. Où la ville grandit sans que ses habitants aient à disparaître de l’espace public.


