Kinshasa, 25 juin 2025 à peine rouvert avec faste, le marché central de Kinshasa (Zando) soulève déjà de vives tensions. En cause : une politique tarifaire jugée injuste et excluante, qui pourrait transformer ce haut lieu du petit commerce en vitrine inaccessible pour ceux qui l’ont pourtant fait vivre pendant des décennies.
Une table à 60 $/mois : le rêve de modernité devient un cauchemar social

Le prix mensuel de location d’une table d’à peine 1,30 mètre a été fixé à 60 dollars, avec une garantie locative de 7 mois, soit 420 dollars à payer avant toute installation. Pour beaucoup, c’est une barrière infranchissable.
“Moi je venais vendre ici avec un capital de 80 dollars. Je n’ai même pas ça en stock en ce moment. Comment voulez-vous que je trouve 420 dollars juste pour m’asseoir ?”, lance Mama Chantal, vendeuse du légumes , les larmes aux yeux.
Dans un pays où le revenu moyen par habitant dépasse à peine 1,5 dollar par jour, cette politique semble totalement déconnectée de la réalité des vendeurs informels qui forment l’ossature du tissu commercial kinois.
Une rénovation élitiste, loin de l’économie populaire
Si la modernisation de Zando était une nécessité pour des raisons d’hygiène, de sécurité et d’image elle aurait dû se faire sans sacrifier les plus vulnérables. Aujourd’hui, nombreux sont les vendeurs du Zando historique qui se retrouvent relégués dehors, dans des marchés pirates ou sur les trottoirs, exposés à l’insécurité, au soleil, à la pluie, et aux tracasseries policières.
“C’est comme si on nous chassait de notre propre maison, alors qu’on a tenu ce marché pendant 20 ans. On modernise pour qui ? Pour les gros poissons ?”, s’interroge Blaise, vendeur d’habits .
Une vision marchande de l’espace public
Cette grille tarifaire traduit une tendance inquiétante : la marchandisation de l’espace public au détriment de l’équité sociale. Le marché, censé être un lieu d’inclusion, devient une zone d’exclusion économique, où seuls ceux qui ont déjà les moyens peuvent prospérer.
La mairie de Kinshasa, tout comme le gouvernement provincial, doivent revoir d’urgence cette politique si l’on veut éviter :
• L’explosion du secteur informel autour du marché rénové ;
• Une vague de colère sociale parmi les petits vendeurs ;
• Et l’échec, à terme, de cette rénovation qui risque de tourner au fiasco .
Des solutions existent, mais faut-il vouloir les entendre ?
Des voix s’élèvent pour proposer :
• La mise en place de paliers tarifaires selon le type d’activité ;
• La création d’un fonds de soutien ou de microcrédit pour les anciens vendeurs du Zando ;
• Ou encore l’intégration de quotas réservés aux vendeurs à faibles revenus, en contrepartie d’un encadrement formel.

Sans de telles mesures, le nouveau Zando risque de perdre son âme : celle d’un marché populaire, vivant, accessible et représentatif de la RDC profonde.
Ce n’est pas seulement une question de tables. C’est une question de justice sociale.
Car un marché sans les siens, ce n’est plus un marché. C’est un centre commercial sans mémoire.
Rédaction


